Lendemain de soirée, rentrée à 3h31, couchée à 4h13, levée à 12h29. Voilà une matinée bien grillée. Ma bouche encore fraîchement décapée par de dentifrice, j'attrape un vieux jean tout déformé, tout troué, tout moche et je complète avec un tee-shirt de la même allure, uni rouge, porté, reporté et encore porté. M'en fout, aujourd'hui, je sors pas. Nah. Bref je finis par entendre un vague "Luciiiiiiiiiiile à taaaaaaaaaaaaaable !!". Ok ok j'arriiiiiiive !! Je te passe les détails, pour résumer : miam miam.
13h49, début des hostilités. La tête dans les tableaux de conjugaison, je commence lamentablement cette activité au combien désagréable et mesquine. Et vazi que jnote sur une
feuille à part les verbes qui me posent problème, ces tas de lettres qui m'horripilent, ces "constructions verbales à caractère défectifs", les soi-disant mots qui ne se conjuguent pas
normalement. Avec bien sûr cette foutue manie de tomber en concours !!! Ah je m'en souviendrai que "paître" n'existe pas à l'impératif, que "moudre" fait "que je moule" au subjonctif et qu'est-ce
que j'en ai à secouer que "chaloir" ne s'utilise que dans UNE SEULE forme > peu me chaut !!!!! Ah oui ça tu l'as dit, peu me chaut !!! En gros j'ai ressenti une haine sans limites pour cette
facette de notre très chère noble langue françoise qui constituera un exercice du type vicieux dans un de mes concours... [rââââââ]. Donc je me suis pris le chou pendant de longues heures qui
m'ont paru des jours, des mois, des années, des dé-cé-nies... rien à faire, l'envie tenace de boycotter cette partie des révisions m'est montée à la gorge, s'évanouissant dans un long soupir de
dédain. Mon père en pleine sieste prolongée, je ne pouvais pas lui faire une frayeur... surtout pour de la conjugaison ! Ya des choses plus grave quand même dans la vie... comme rater un concours
quoi. Nan jdéconne. Enfin dommage que les feuilles ne soient pas comestibles, je les aurais mangées. J'aurais bien joué au foot avec mon classeur, mais bon, si je veux le revendre... et même pas
de pliage ou de froissage ! Juste pour calmer les nerfs quoi...
Mine de rien, je suis arrivée au dernier des derniers verbes (à savoir "vouloir" qui donne le très esthétique et fréquemment usité "que je voulusse" au satanique mode du subjonctif, marquant son empreinte diabolique dans l'imparfait... si si je vois apparaître le ptit derrière rouge crâmoisi, la fourche et les cornes. Chlak ! la queue a traversé mon classeur... et m....) !! Mais tant que j'y suis (en enfer), prolongeons le plaisir maso de faire un devoir pour le CNED sur la langue française, histoire de divertir un peu le terrain de jeu. Mouahahahahah. Soyons fous. Allez, lâchons-nous. Tout se passe bien jusqu'à l'exo prudement (j'invente des mots si jveux) intitulé "CONJUGAISON" > aïe, me suis mordu un peu trop fort les doigts... j'ai des spasmes maintenant... roooh. Et bin j'lai fait presque sans difficulté... merci ô cours fraîchement intégré ! Enfin c'était un peu chaud quand même. Bref. Jvais finir par faire une verbocution ! Dangereux ça... les séquelles sont assez dramatiques : perte des pronoms personnels (je tu il/elle/on nous vous ils/elles), incapacité mentale à dire un verbe, même en –er, et le conjuguer relèverait d'un miracle ! La compréhension aussi est altérée, elle se traduit par un beuglement nordiste du type "heeeeiiin ?" mochement accompagné d'une irruption cutanée de petites verrues en forme de lettres derrière l'oreille. Les ongles se décollent sous la pression d'un Bled et les articulations se déforment à la prononciation de "conjuguer, imparfait, subjonctif, participe, etc"... bref, une équipe spécialisée planche dessus mais ils rencontrent quelques difficultés, à savoir trouver un support pour tester les médicaments... en effet, les souris sont inutiles dans ces cas-là > elles s'en foutent de la conjugaison ! Ah la la la... qu'est-ce que j'aimerais être une souris des fois... [soupir].
Donc après toute cette débâcle interne, j'eus l'envie folle de faire une pause. 19h13 : on arrête tout ! Débranchement des neurones, activation de la zone du cerveau "envie
culinaire", puis de la mise en route du mode "choix du mets", un champ électrique dirige tout ça instantanément sur la partie "chocolat" avec l'option "chaud" et spécialité du jour "crémeux". Les
papilles se préparent, les fosses nasales dégagent le couloir, bref, je vais ENFIN glander joyeusement devant une connerie sur youtube, me brûlant la main gauche sur la hanse de la tasse pendant
que la droite touillera onctueusement...
C'est parti. Je chope au passage ma recette miracle :
OU OU OU OU OU OU OU OU OU OU
- pareil en chocolat
- 10 cl de lait
- 10 cl de crème liquide
- idem pour le sucre
Moilà, tu mets dans la casserole, tu fais cuire tout ça, le nez au-dessus pour te shooter au cacao pendant 5 minutes en brassant un peu avec la cuiller en bois... tu sers et t'attends. Tu crèves d'envie de commencer à le déguster mais faut attendre que ça refroidisse un minimum... et oui, faut mériter son chocolat ! Bref.
Bon cette scène-là, de la fabrication d'un bonheur chocolaté, ne s'est pas déroulée dans la vraie vie. C'est dans les films que ça se passe comme ça. Ou dans les romans, c'est
comme tu veux. L'épisode s'est donc déroulé sans grande surprise dans la cuisine. Je sors amoureusement ma boîte de chocolat en poudre (ou parce que les plaquettes partent trop rapidement... oui
bon avoue que c'est difficilement contrôlable !), la casserole, la cuiller en bois, je cours, je vole vers le frigo, empoigne la bouteille de lait, commençant une chorégraphie à la con sur le "je
vais vite [tadam]" de Lorie (j'assume) mais... horreur !! Plus de crème fraîche, même pas une vieille crème liquide. Grumbeleleleuh. Tout s'effondre autour de moi. Je voulais plus que tout un
chocolat crémeux ou rien. Donc je remets calmement le lait en place ainsi que tous ses congénères. Je sais pas si tu connais le phénomène de "l'ascenseur émotionnel" > t'es très
content(e) en 10 secondes et en une fraction de dixième de millier de seconde, t'es frustré(e), vexé(e), vénère quoi, tu redescends direct en bas. Enfin voilà... je me suis donc vengée sur un pot
de nutella qui me tendait la cuiller et j'ai oublié ma peine devant un épisode de Friends. Ah elle est belle la jeunesse tiens !
Finalement, le nutella tout seul : c'est pas mal ! :-p
Ton blabla